21 janvier 2005
Les Echos arrêtent deux de leurs lettres
Percier Publications (filiale du groupe Les Echos) vient de cesser la publication de deux de ses lettres d’informations professionnelles. Il s'agit des lettres consacrées au Tourisme et aux Biotechnologies. Les deux journalistes concernés devrait être reclassés au sein des autres titres du groupe. La société n’édite plus désormais que 7 lettres, contre 12 en 2002.
20 janvier 2005
Exercice de style
Sachant que votre magazine compte 10 numéros dans l'année, 3 grandes
rubriques et que le portefeuille annonceur est segmenté en 4 familles
recouvrant une cinquantaine de thématiques, concevez un planning de
parution susceptible de "maximiser" le rendement publicitaire. Vous
avez une demi-journée…
Cet exercice, fastidieux, revient à chaque rentrée scolaire. Le
planning rédactionnel doit être prêt pour le mois de novembre, moment
où les sociétés planchent sur leurs budgets annuels. Donc, te voilà en
train de phosphorer. Qu'est ce qui agite le microcosme ? Quelles
innovations ? Quelles nouvelles tendances ? Peu à peu se dégagent des
angles intéressants.
Tu t'emportes là ! L'exercice n'a rien à
voir avec la pertinence des dossiers qui viendront compléter les
rubriques immuables. Il s'agit de business, de gros sous, de p'tites
pépettes… La pub est là pour te le rappeler.
Première étape,
placer les "marronniers" auxquels on ne peut échapper. Ensuite, les
sujets destinés à "draguer" les acteurs de tel ou tel segment de
marché. Et, surtout, rester générique et vague pour ouvrir le maximum
d'opportunités : "Fromages" et non pas "Fromages frais", "Systèmes de
pulvérisation" et non pas "Pompes cosmétiques", "Connexions
internet" et non pas "Wi-fi", etc. Bref , un exercice convenu et un
tantinet rébarbatif.
Voire désespérant.

« - Il me faut un dossier Pompes en mars.
- Euh… On a déjà fait un dossier Pompes en septembre… Il n'y a
absolument rien de neuf depuis. Un secteur industriel comme ça n'innove
pas tous les six mois !
- Les fabricants Dushmoll et Dugenou feront sûrement un plan media, donc on ne peut faire autrement.
- Oui, mais là c'est VRAIMENT trop rapproché !
- Y a qu'à trouver un autre angle…
Facile à dire… quand tu traites un sujet pour la… combien déjà ? 6ème
fois en quatre ans. Impression que le dernier opus était hier… Ca va
encore être coton de te renouveler. Enfin d'essayer…
Au final, il restera rarement de la place pour les idées de sujet qui changent un peu… sympas quoi !
Pas de quoi fouetter un chat ? Seulement les choses se compliquent forcément lors de la conception du sommaire.
La case "Maquillage" a été cochée pour la rubrique "Marché" du prochain
numéro. Va falloir recentrer le débat puisque, de maquillage, il en est
forcément question chaque mois dans ton magazine expert en
parfumerie-cosmétique ! Admettons que l'actualité récente se focalise
sur le mascara. En journaliste obtus, tu proposes naturellement
d'analyser la récente évolution de ce segment de marché et les
technologies en cours de développement (on soupçonne rarement à quel
point le mascara est un secteur pointu).
Mais, tu n'as encore
rien compris ! La pub te l'explique : « World Company a choisi notre
support pour sa campagne d'image destinée à soutenir son produit Truc.
2 pages dans ce numéro, et d'autres sont à venir dans l'année. Un
budget de 15 000 euros. Y a pas intérêt à se louper ». Pour le coup
t'es au tapis ! Un réflexe de survie te fait marmonner « C'est bien
gentil mais Truc, c'est un rouge à lèvres. Et on a déjà fait un dossier
là-dessus il y a tout juste 3 numéros ».
Silence pesant. La
rédactrice en chef, experte en huile dans les rouages, se fend d'un «
On va trouver un autre angle, et on fera une page d'actu sur les
mascaras ». L'éditeur tranche plus sèchement : « De toutes les façons,
faut donner du grain à moudre à la pub, alors soignez-moi World
Company. » Voilà deux papiers pour le prix d'un. Ca t'apprendra à
vouloir faire de l'info !
La directrice de la pub ne peut
s'empêcher d'esquisser un sourire condescendant… « Non mais pour qui
ils se prennent ces journalistes ? » Décider de la redac ? On aurait
vraiment tout vu !
18 janvier 2005
Ecrivez jeunesse, ça ne mange pas de pain
Ca
décoiffe ! Un vent de jeunesse souffle dans la majorité des rédactions
de la presse pro. Depuis déjà quelques années, la moyenne d'âge a
considérablement chuté. Les nouveaux venus ont entre 20 et 25 ans, de
l'énergie à revendre, des espoirs plein la tête et les poches bien
trouées.
La presse se serait-elle découvert une vocation
pédagogique soudaine ? Pas tout à fait. Plutôt un moyen pratique de
remplir ses colonnes à moindre coût. "Contrat de qualif" qu'ils
appellent ça. 5 semaines en entreprise, 2 à l'école, quelques centaines
d'euros pour le stagiaire et des charges minimum pour l'éditeur. Et
encore ne parlons pas des stages non rémunérés, pour lesquels se
battent des cohortes d'étudiants !
Permettre aux apprentis
journalistes de se frotter aux réalités concrètes du métier, voilà une
idée louable. En théorie. En pratique le système est dévoyé. Dans
nombre de titres, un contrat de qualif chasse l'autre. Ces jeunes, qui
viennent se former, sont devenus d'un coup de baguette magique des
journalistes quasi permanents.
Sans doute conscient des
dérives, le législateur a modifié quelques dispositions et rebaptisé
l'ensemble "contrat de professionnalisation". Cautères sur une jambe de
bois. Dans nos petites rédactions, ces étudiants ne sont pas vraiment
pris en main. Ils sont formatés plutôt que formés. Et pourtant leurs
contributions rédactionnelles sont devenues conséquentes quand ce n'est
pas essentielles… Mais pour quelle expertise ? Quelle crédibilité ? Peu
importe. Economiquement, le calcul est simple : un contrat de qualif
plus une pige par ci par là, c'est bien plus rentable qu'un véritable
emploi salarié. Le pire ? Même exploités, ils sont ravis, ces jeunes
qui ont mis un pied dans la place et croient pouvoir faire leur trou.
Le signe est bradé.
D'où une difficulté certaine quand tu dépasses les 25 ans et, qu'en
plus, tu demandes à être payé pour le travail fourni… Quelle
outrecuidance ! Faudrait voir à rester réaliste…
Quoique… Il
semblerait, qu'à force d'abus, le contrat de qualif pour les
journalistes soit sur le point d'être supprimé. Le très installé CFPJ
ne renouvellerait pas l'expérience. Mais pas de nouvelles du décret
d'application de la loi. En attendant, rêvons un peu…







